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Dimanche   28   juin 2009   36 kms   « GR 1, l’intégrale (acte III) »

Sitôt sortis de la gare  de  Bourron-Marlotte,  le père Cogne-dur nous fait ressentir sa présence,  disposé à nous dispenser les luxs sans aucune restriction. Désireux d’échapper à cette ardeur solaire, nous gagnerons rapidement le couvert des arbres. Nous sommes à l’extrême sud de la vaste forêt de Fontainebleau.

Silencieux.  Écrasé de soleil, le village de Recloses  semble vidé de ses habitants. Ambiance « western » :   lorsqu’un cavalier fourbu qui chevauche lentement au milieu de la rue principale est tour à tour épié derrière les voilages et les fentes de persiennes par des autochtones intrigués de cette apparition soudaine et non désirée.

Juste avant d’entrer dans la forêt domaniale, nous quittons le GR13  et par une succession de longues routes forestières rectilignes,  remontons au nord-ouest pour effectuer la jonction avec le GR1.

Toute la matinée, nous marcherons dans un sable presque blanc, immaculé, qui contraste avec le vert vif des fougères et celui plus sombre des conifères.

Compte tenu de sa position géographique, ce tronçon du GR1 à l’écart de toute gare n’est pas vraiment fréquenté. Il possède l’avantage d’être ombragé sur la quasi totalité du parcours et par temps de cagnard comme aujourd’hui, c’est  très  appréciable.

Dans le tunnel qui passe sous l’autoroute A6, des inscriptions dénoncent l’O.N.F. comme une « machine à faire du fric ». Sa gestion forestière  privilégiant les plantations de résineux au détriment d’autres essences aurait  pour effet d’appauvrir les sols, dixit notre trésorier qui  en connait un rayon (ou plutôt une cerne).

C’est un débat récurrent. Lorsque j’étais adhérent au C.A.F.* il y a une douzaine d’années, le sujet faisait déjà polémique dans les colonnes du Paris Cham’ (le Rando Passion de l’époque) par tous les amoureux de Bleau attachés à protéger la forêt et à en conserver la diversité.

Nous entrons dans le sud du massif des Trois-Pignons, Le terrain, plat jusqu’à lors,  devient un peu plus vallonné (nous aurons d’ailleurs droit à une belle côte immédiatement suivie d’une  descente hors-sentier). Bien connu des amateurs de varappe, le rocher du Diplodocus n’est pas loin et nous croisons venant du parking des groupes décidés à défier la loi de la pesanteur.

Comme un message subliminal envoyé à nos estomacs,  la Route aux Poivres puis le Chemin de la Mée (zon ?) nous conduisent à l’endroit prévu pour la pause-déjeuner. Après avoir bouclé vingt kilomètres en un peu plus de quatre heures nous allons apprécier cette halte méritée.

Nous délaissons les tables de pique-nique trop proches des voitures pour nous poser au milieu d’un ensemble de blocs d’escalade où des grimpeurs sont déjà installés. Nos éclats de voix, nos rires et nos exclamations ont sûrement dû troubler leur méditation transe-ascendantale et l’accomplissement de leur voie.

Nadia, nous  gratifie d’ une bouteille de Bordeaux et le sac isotherme en a bien conservé la fraîcheur. Hélas !, dans sa précipitation matinale, notre échansonne a omis d’ emporter le matériel annexe qui permet d’ouvrir et de répartir le bon jus de la treille. Tel un magicien,  avec un sens de l’à-propos qui lui est propre, Jean-Claude (qui est un couteau-suisse à lui tout seul) pourvoyait gobelets et tire-bouchon tandis que Michel nous vantait au cours du repas l’esprit pratique et astucieux des gens d’outre-Quiévrain concernant le transport des oeufs durs en randonnée.

Un conseil aux esprits rationnels qui n’emportent toujours que le strict nécessaire : un peu de fantaisie, mettez dans le sac quelque chose qui ne vous servira pas.  On ne sait jamais, le superflu est toujours le bienvenu. (surtout s’il est comestible !)

Tout d’abord nous ne trouverons dans le cimetière de Vaudoué qu’ une vieille pompe rouillée et tarie. Le point d’eau est un peu plus loin, à proximité de quelques tombes où des combattants du Commonwealth ont trouvé ici un dernier repos.

C’est curieux comme le crissement du gravier sous les pieds rend tout de suite un lieu arpenté plus solennel, que ce soit le parvis d’ une église, un square ou une cour de sous-préfecture.

Nous emplissons nos gourdes d’une eau bien fraîche, parés pour la quinzaine de kilomètres qui restent à parcourir.

Après Le Vaudoué, le paysage campagnard reprend ses droits. À travers champ, notre groupe  avance  sous un  soleil de plomb et chaque sous-bois traversé est un îlot d’ombre et de fraîcheur. Nous les guettons de loin, comme des naufragés scrutent l’horizon à la recherche de l’atoll salvateur.

On passe devant la base de loisirs de Buthiers (où le CODERANDO avait organisé un week-end en octobre 2008) et au vu du nombre de voitures en stationnement, cette canicule ne semble pas avoir dissuadé le public de profiter des activités de plein air.

Arrivés à Malesherbes une trentaine de minutes avant l’ heure du départ,  nous prenions le temps de boire un pot, planqués au frais, à l’abri du soleil.

Dans le train du retour où chacun dégaine son paquet de biscuits, le goût canelle et vanille des speculoos nous invite à d’autres voyages, plus exotiques.
* Club Alpin Français

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