Dimanche 11 janvier 2009   40 kms   « Vexin pétueux »

L’ arrêt de La Villetertre est aussi désolé que d’ habitude et l’ habillage hivernal renforce cette sensation. Et encore, il fait jour !  Pas de bâtiment en dur, juste une petite cabane pour ranger les outils. Aucune maison aux alentours, le village est distant, à 2 bons kilomètres.  Nous attendons sagement que le train reparte pour traverser la voie et l’ on s’ enfonce dans les bois. Les arbres sans feuilles aux troncs noircis et tordus me font penser à des bâtonnets de gousses de vanille qu’un géant aurait planté dans un immense gâteau meringué, nappé de sucre glace.
A 56 kms de Paris, en plein coeur du Vexin français, inutile de vous dire que la neige recouvre tout de son grand manteau blanc. Nous sommes quatre, Carine ayant rameuté deux potes,  randonneurs aguerris qui profitent de l’ occasion pour s’entraîner au prochain Paris-Mantes qu’ ils n’ ont pas encore fait.
L’ un deux a d’ailleurs une montre qui donne la température : – 8 degrés.

Ce qui me frappe d’ emblée, c’est la multitude de traces laissées par les animaux : sabots de cervidés facilement reconnaissables ou traces en patte d’oie, pointes de flèches semblant indiquer une direction à suivre . Lignes de vie, de destins qui se croisent et s’ entrecroisent. Carine a une peluche de renne accrochée à son sac (souvenir d’un séjour en Laponie) mais je doute que nous en voyions aujourd’ hui ! 

La neige crisse sous nos pas. Marcher dans la neige ou dans le sable c’est aussi crevant, nos chevilles vont déguster. Les champs s’étalent à perte de vue, dans leur laiteur immaculée. Pas facile de reconnaître les embranchements de chemin sous cette blancheur uniforme, même le macadam des routes est recouvert d’une bonne couche de neige. Le rythme de marche est bon, nous abattons les quatre premiers kilomètres en quarante minutes. Marcher vite nous réchauffe et je me surprend à enlever l’écharpe et les gants, tellement  j’ai chaud aux mains.

Nous passons les villages de Lierville et d’ Hadancourt-le-Haut-Clocher. Il y a plein de lapins dans les champs et les chasseurs sont aussi de sortie, nous entendrons des coups de feu tout au long de la randonnée.
Comme le fait remarquer un des potes de Carine, c’est un peu idiot de mettre une tenue camouflage pour se fondre dans la forêt et de rajouter un gilet orange fluo par dessus.

Serans posséde une belle église dont la façade est ornée d’ une statue de St-Denis, tenant sa tête. Un peu plus loin, au hameau de Lèvemont, on s’ arrête pour grignoter et boire. Contrairement à mes trois avisés compagnons qui ont eu la sagesse de prendre leur thermos remplie d’une boisson chaude, je n’ai que des bouteilles d’eau (à température externe) ce qui ne manque pas de me provoquer le hoquet à chaque ingestion. J’ ai l’ impression d’ entendre l’ émail de mes dents péter : « BLING ! »    »BLING ! »   et m’ attend à les voir se fissurer et tomber en petits morceaux, comme dans les dessins animés de Tom & Jerry.

La crête des Bois de la Molière est surmontée d’ une belle tour télécom ressemblant à un ovni des années 50 juché sur un pylône. Quoi de plus normal, à 210 mètres, c’est le point culminant de la région.

Construit sur le haut d’une colline, Montjavoult  je l’avoue, a fière allure. C’est le village le plus élevé d’Ile-de-France (altitude : 207 mètres). Ceci explique peut-être son nom : Montjavoult – Mons Jovis, le mont de Jupiter,  » l’ Olympe  » du Vexin français en quelque sorte. Situé idéalement à la moitié du parcours, il acquiert à nos yeux une importance toute singulière car c’est l’endroit de notre pause-déjeuner. En plein soleil, le parvis de l’ église aurait pu être l’endroit rêvé pour le pique-nique si des pigeons mal intentionnés n’en avaient constellé le sol de leurs déjections. On oublie les bancs, recouverts de neige. Un carré d’ herbe mouillée nous accueille. Au bout d’une petite demi-heure, le froid nous incite à reprendre la marche. J’ai posé mes gants pour manger et lorsque je les remets, ils sont humides et  glacés. Pour la première fois de la journée, ça pince au bout des doigts.

Après Parnes, nous entrons dans le parc régional du Vexin Français. Avec leurs églises, leurs manoirs, leurs châteaux; Breuil, Boury-en-Vexin, Courcelles-lès-Gisors   ont  tous un cachet particulier. Sans parler des corps de fermes fortifiés, de leurs bâtiments massifs et de leurs tours d’angle, rondes et ventrues.

Lors de la traversée des villages, je garde un oeil sur la carte, un autre sur mes pieds. En effet, les plaques de verglas sont nombreuses. Nous voyons pas mal d’animaux morts saisis par le gel et d’autres bien vivants : des merles , des corbeaux, noir charbonneux sur la blancheur des jardins.

Dans le train du retour, mes compagnons qui se sont lancés dans une partie de UNO s’inquiètent de mon état :  » ça va ? «   ,   » y dort ? « . A une époque où nos cerveaux sont sollicités par des stimuli incessants, les contemplatifs ont mauvaise presse.
La tête penchée, je regarde les rails, leur linéarité hypnothique. Si vous ne faites rien, dites  » je pense  » mais n’avouez jamais que vous ne pensez à rien, vous seriez mal vu.

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