Rendez-vous matinal en ce samedi 10 juillet pour découvrir la capitale du Ponthieu à 2 heures de Paris. A peine sommes nous arrivés que la gare, classée Monument historique, se laisse admirer. Quelques pas plus loin, notre petit groupe de randonneurs découvre avec étonnement un monument érigé le 7 juillet 1907 en mémoire du chevalier de La Barre, victime de l’intolérance religieuse. Le monument a la forme d’une colonne biseautée, sur la partie supérieure de laquelle est gravée l’inscription suivante : « Monument élevé par le Prolétariat à l’Emancipation intégrale de la Pensée humaine« .
Néanmoins, la découverte d’Abbeville, de son centre-ville historique et des rives de la Somme n’étant prévue qu’au programme de l’après-midi, nous ne nous attardons pas et nous traversons la ville pour rejoindre la traverse de Ponthieu. Nous empruntons cette ancienne ligne ferroviaire réhabilitée en chemin de randonnée pour les piétons, cyclistes et cavaliers jusqu’à la commune de Caours-L’Heure que nous quittons pour rattraper le GR 123. En chemin, nous apercevons quelques lapins, des troupeaux de vaches laitières, des champs de céréales – bref, un paysage agricole varié. En pleine campagne, les gourmands se trahissent et s’arrêtent pour goûter de petites cerises sauvages…
Alors que le soleil commence à brûler, au détour d’un chemin, nous apercevons l’abbatiale de Saint-Riquier.
Jadis appelée Centule (la ville aux cent tours), la ville que nous nous apprêtons à découvrir est riche d’un patrimoine qui témoigne de son passé prestigieux (son abbatiale, son beffroi classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, son Hôtel-Dieu, les vestiges de quelques tours, etc). Nous avons la chance de pouvoir apprécier l’intérieur de l’Abbatiale, sa statuaire, ses fenêtres hautes qui laissent réfléchir la lumière sur la pierre blanche, son grand orgue. Il était moins une… en effet, en ce mois de juillet, les concerts du Festival de musique classique de Saint-Riquier se déroulent essentiellement dans l’abbatiale qui est fermée au public pour l’occasion.
Après un petit détour par le parc de l’ancienne abbaye (aujourd’hui le Centre culturel – Musée départemental) où ont été reconstituées d’anciennes granges picardes, nous nous retrouvons dans le jardin du presbytère dans lequel le prêtre de la paroisse nous a gentiment proposé de déjeuner. Quelques instants de répit, de sieste pour certains à l’ombre de rares arbustes… avant de repartir sous la chaleur (si, si… même en Picardie, même dans le département de la Somme, il peut faire beau et chaud !).
Après avoir jeté un dernier petit coup d’œil à la pâtisserie de la place de l’Eglise et être passés devant la maison « de Napoléon », nous nous arrêtons devant l’arrêt de bus. Non par accès de fainéantise mais le programme de la journée étant chargé, il est préférable de faire le retour Saint-Riquier/Abbeville en bus – précision par laquelle je devance et fais taire les commentaires malveillants de quelques fanatiques de la marche… Nous attendons donc un autocar censé nous ramener vers Abbeville. « Censé » car, à en croire les Centulois, et contrairement au calendrier de fonctionnement des lignes de bus, il n’y aurait pas de bus qui passerait en ce samedi de période estivale ! Finalement, dame Fortune est somme toute avec nous et nous rejoignons Abbeville en 10 minutes à peine.
Nous voici alors repartis pour une découverte de la ville au-delà des anciennes fortifications, le long du parcours de « La ronde de l’eau ». Ce parcours nous rappelle que l’eau est reine dans la capitale de la Picardie maritime. Nous passons au travers des marais de Saint-Gilles, parcourons le chemin des canotiers longeant la Somme, suivons le chemin de halage le long du canal avant de retraverser un pont qui nous ramène vers le centre-ville. Nous contournons l’église Saint-Jacques, passons à côté du bâtiment Art Nouveau des Bains douches, nous arrêtons devant des maisons du 16ème siècle, traversons le jardin du carmel d’Emonville avant de nous arrêter pour visiter l’église du Saint-Sépulcre.
Eglise du 15ème siècle pour laquelle l’artiste peintre Alfred Manessier a conçu les vitraux dans les années 80. A la faveur des couleurs diffractées que le déplacement du soleil et des nuages ne cessent de renouveler, les vitraux célèbrent la victoire de la vie contre la souffrance et la mort à travers l’évocation des derniers jours du Christ et sa résurrection.
Nous pénétrons ensuite dans le parc de la Bouvaque pour y découvrir ses sources bleues.
Les sources bleues : On ne les trouve que dans les massifs calcaires. Leur couleur si particulière s’explique physiquement par les différences de température entre l’eau de surface et l’eau provenant des profondeurs.
Nous ressortons du parc pour longer le Scardon et les maisons à « jardins flottants » qui le bordent. Nous entrons à nouveau dans le parc de la Bouvaque. Parc de 60 hectares, il abrite des marais avec ses canards, qui en font un lieu de promenade privilégié. En sortant du parc, nous nous dirigeons enfin vers le joyau de la cité, la collégiale Saint-Vulfran. Nous admirons cet édifice du gothique flamboyant, ses deux tours hautes de 55,80 mètres, sa façade en pierre de grès et de craie, son portail central orné de sculptures de style picard.
Le Gothique flamboyant. Aussi appelé gothique tardif, il naît dans les années 1350et se développe jusqu’à la fin du 15ème siècle, voire début du 16ème dans certaines régions. Le gothique « flamboyant » tire son nom des motifs en formes de flammes (soufflets et mouchettes) que l’on peut voir dans les remplages des rosaces ou sur les gâbles. Par rapport aux périodes précédentes (gothique classique et rayonnant), la structure des édifices reste la même mais leur décor évolue vers un ornement exubérant, caractérisé par une grande virtuosité dans la taille de la pierre.
L’intérieur est également à découvrir pour ses chapelles latérales, ses vitraux, son chemin de croix peint par William Einstein, etc. Classé monument historique en 1840, la collégiale subit malheureusement de nombreux dégâts au cours de la seconde guerre mondiale. Une campagne de restauration a été entreprise pour lui redonner sa beauté d’autrefois.
Nous terminons notre découverte d’Abbeville en faisant un petit détour par le beffroi. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, il abrite aujourd’hui le musée Boucher de Perthes.
Après en avoir pris plein la vue et les jambes, nous nous arrêtons (enfin) et nous octroyons un petit rafraîchissement avant de reprendre le train vers Paris. De l’avis de tous, ce fut une journée réussie, fatigante mais tellement enrichissante !


Bulletins (RSS)