Dimanche 12 avril 2009   40 kms   « GR 1, l’ intégrale ( acte II ) »

Depuis Melun, nous longeons la Seine sur quelques kilomètres avant de nous enfoncer dans la forêt de Fontainebleau. De La Rochette à Bourron-Marlotte, nous allons la traverser du nord au sud. Le rythme est véloce. Je m’ arrête quelques instants pour desserrer mes lacets et le binôme de tête s’ éloigne déjà à grands pas. Avec deux autres randonneurs restés en arrière, nous devrons fournir un effort soutenu pour  les rattraper.

Nous passons devant la mare aux Evées, cuvette artificielle au fond argileux de plusieurs mètres d’ épaisseur. Cette zone marécageuse fût sous Louis-Phillippe      l’objet d’ importants travaux de drainage (quelques 20 kilomètres de fossés y furent creusés) et ceux-ci fîrent oeuvre d’ action sociale en procurant de la sorte du travail aux chômeurs de l’ époque.

Evées provient du mot « oeuvée », lieu de nidification pour les oiseaux, les serpents et les batraciens.

Le sol sablonneux et le tapis d’ aiguilles de pin étouffent le martèlement de nos pas. A l’ exception de l’ appel des coucous et du staccato des piverts, la forêt est silencieuse.

Premier chaos rocheux en vue : le rocher Canon où le sentier serpente agréablement.  Nous crapahutons ensuite dans les rochers de Cuvier Chatillon et nous y progressons plus lentement. Cela fait baisser notre moyenne, d’ autant plus que la pluie abondante de la nuit dernière rend les pierres lisses et arrondies tout comme les racines affleurantes particulièrement glissantes.

Ça parle anglais au pied des blocs. Les différents sites d’ escalade de Fontainebleau ont acquis une renommée européenne (voire mondiale) et il n’est pas rare de voir sur les aires de stationnement avoisinantes des véhicules immatriculés en Grande-Bretagne, au Bénélux ou en République Fédérale d’ Allemagne. Par la route des Artistes et la route Marie-Thérèse, nous éviterons les Platières d’ Apremont.

Au carrefour du Bas Bréau, comme autant d’ hommes-sandwich, les varappeurs s’ éloignent vers les parcours d’ escalade, leur tapis de sol sur le dos. Nous n’ avons vraiment rien de commun avec les grimpeurs, nous évoluons dans deux dimensions différentes.  Leur défi est l’apesanteur, le notre est plutôt la distance.

Nous déjeunons dans une jolie clairière près des ruines de l’ abbaye de Franchard puis délaissant le chemin de crête,  par la route des gorges Franchard nous continuons notre chemin.

L’ après-midi, la physionomie de la rando change complètement : allées tracées au cordeau, lignes droites qui tranchent dans les futaies, on oublie la sinuosité et les dénivelés de la matinée. « On a fait 20« ,   « à la route, on s’ ra à 25« ,    »plus que 10« ,    »encore 7« .

De temps en temps, j’ indique le nombre de kilomètres parcourus puis ceux qui restent au fur et à mesure que nous approchons du but final.

Au village de  Recloses, nous faisons un détour par le cimetière pour emplir nos gourdes avec de l’ eau bien fraîche prise au robinet situé près de la grille d’ entrée qui contrairement à mes attentes n’ a pas grincé lorsque je l’ ai poussée.

- « C’ est l’ eau de là » commente Hervé.

La gare de Bourron-Marlotte est fermée et  le bistrot d’ en face  n’ a pas dû voir de clients  s’ asseoir sous la véranda depuis une bonne trentaine d’ années.

A Melun, des gens montent dans le train et passent devant nous dans la travée.

- « Oh ! ça pue ici ! »            (Hé oui, il s’agit sûrement de nous !)

Après quarante kilomètres parcourus sous une forte chaleur, nous ne devrions pas trop sentir la rose.

La société moderne n’ apprécie guère les odeurs naturelles. Elle préfère , sous nos aisselles, dans nos toilettes et nos cuisines y substituer ses parfums chimiques.  Tels des mystiques qui arborent fièrement leurs stigmates, nous portons nos odeurs corporelles comme une bannière, haut et fort.

Nous prenons un pot en face de la gare de Lyon, moment de détente après tant d’ efforts et on se quitte en se donnant rendez-vous “à la Bièvre”.

Nous sommes prêts.

En cherchant de la documentation sur  »La Roche qui pleure », j’ai découvert un site avec de très belles photos : www.moissonneur-de-lumiere.com

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