Le rendez-vous était fixé à l’entrée est du cimetière du père Lachaise (rue de la Réunion). Nous étions 11 à braver la pluie matinale. Yves Barnoux, notre conférencier s’est beaucoup intéressé à Aimé-Jules Dalou (Paris 1838-Paris 1902) sculpteur français. Sa fille Madiana a rédigé un mémoire à l’Université Pierre Mendes France (Grenoble, études politiques) en 1998 « Entre avant-gardisme politique et académisme esthétique ».

Jules Dalou a laissé une vingtaine d’œuvres à Paris et la plus importante est certainement l’ensemble en bronze du Triomphe de la République place de la Nation. C’est un sculpteur talentueux de la IIIe république, ami de Rodin mais beaucoup moins connu du public. Il a participé à la Commune et s’est exilé à Londres jusqu’en 1881.

Au Père-Lachaise, nous avons déambulé au milieu des tombes de :

  • Charles Amouroux, ouvrier chapelier, membre de la Commune
  • Albert Wolff, critique d’art, ami de Dalou*
  • Jean-Baptiste Boussingault, éminent agronome et chimiste
  • Le gisant de Victor Noir, journaliste assassiné à 22 ans par Pierre Bonaparte neveu de Napoléon 1er
  • Le gisant d’Auguste Blanqui, révolutionnaire républicain socialiste qui a passé 37 ans en prison
  • les pleureuses du tombeau Salvage de Faverolles attribuées à Dalou
  • Jules Jouy, chanteur, journaliste, chansonnier et auteur
  • Charles Floquet, homme politique et avocat, défenseur de la famille de Victor Noir

Le temps se lève, Yves nous quitte pour des raisons familiales. Juliette et Hervé conduisent la suite de la chasse au Dalou. Objectif Luxembourg en passant par des lieux sans rapport avec notre sculpteur conducteur : Bastille, les arènes de Lutèce et la Contrescarpe.

3 statues de Dalou nous attendent dans le jardin :

  • L’obélisque Auguste Scheurer-Kestner, un des protagonistes de l’affaire Dreyfus
  • La fontaine en hommage à Eugène Delacroix le célèbre peintre
  • L’ensemble consacré à Silène, vieillard jouisseur, ivre chantant sur un âne au milieu d’un imbroglio de corps.

Nous déjeunons sous abri au milieu des joueurs d’échecs, gratifiés d’une bouteille de vin des soins de Maria. Après un café à Saint-Germain, nous traversons la Seine par le pont des arts et prenons le métro au niveau du Louvre. Nous descendons porte Maillot où nous attend le monument en hommage à Emile Levassor, ingénieur pionnier de l’industrie et du sport automobile. Vers le n°22 avenue Foch, nous découvrons l’ensemble monument érigé en l’honneur de Jean-Charles Alphand directeur des travaux de Paris et ami de Dalou. Y apparaissent également les figures des 4 collaborateurs importants du directeur (dont Dalou, qui s’est représenté en sculpteur), ainsi que les ouvriers des jardins et des chantiers de Paris.

Place de l’étoile, nous prenons le bus n°31 pour le square des Epinettes dans le 17e avec la statue de Jean Leclaire, créateur de la première Société de secours mutuel pour les ouvriers. Nous reprenons le même bus pour Château-Rouge où le fronton représentant le Commerce et l’Industrie du grand magasin Dufayel au 22 rue de Clignancourt se découvre depuis la rue Andrea del Sarto.

C’est la fin de la journée et il nous reste à (re)découvrir le Triomphe de la République place de Nation. Cette œuvre contraste avec celle place de la République (du sculpteur Morice). A Nation, la République avance conquérante, rendant hommage aux quartiers populaires (au 19ème siècle) de l’Est parisien. Elle surmonte le Monde posé sur un char tiré par 2 lions symbolisant le Suffrage universel. Elle est entourée du génie de la Liberté, d’une femme vêtue, symbole de la Justice, d’une autre femme nue, symbole de la Paix et d’un homme vigoureux représentant le Travail.

Pour finir, un bon chocolat chaud nous attend à Puerto cacao, rue de Cotte dans le quartier Aligre, dans cette enseigne du commerce équitable avec des produits bio. Cependant pour compléter le tableau de chasse « au Dalou » citons quelques œuvres importantes nous restant à découvrir : la Fraternité dans la salle de mariage de la mairie du Xe arrondissement (avec 2 hommes s’embrassant), le Mirabeau répondant à Deux-Brezé à l’Assemblée nationale, le monument Gambetta à Bordeaux, la statue de Lazare Hoche à Quiberon, le masque mortuaire de Victor Hugo au Musée d’Orsay (pomme de la discorde entre Dalou et Rodin) et les esquisses en terre d’un monument aux travailleurs jamais érigé au musée du petit Palais.

Personnalité engagée, Dalou fut un sculpteur reconnu par les autorités officielles à partir des années 1880. Si son esthétique exprime un réel élan vers le régime républicain, sa pleine conviction sociale le pousse à représenter l’ouvrier, le travailleur, avec un réalisme et un soin du détail. N’oublions pas qu’il est le fils d’un artisan marqué par les révolutions de 1830 et 1848. Cependant, il reste dans son art moins novateur et plus académique que l’illustre Rodin.

Juliette Nunez et Hervé Stève, Paris 29 novembre 2009

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