Dimanche 18 janvier 2009   43 kms   « GR 1, l’intégrale ( acte I ) »

Autant m’y résoudre, cette rando, je vais la faire seul. Le mauvais temps annoncé, l’ heure matinale du rendez-vous et le nombre de kilomètres, tous ces élèments concourent à ce que l’adhèrent(te) de base reste bien au chaud sous la couette.

A l’ombre des silos à grains en béton armé, forteresses modernes de l’agriculture intensive, la gare de Marles-en-Brie, sous la bruine, n’est pas vraiment touristique.

Je marche depuis cinq kilomètres lorsque, peu après Fontenay-Trésigny, le temps se dégrade soudainement. Le vent forçit et ses rafales font tomber dru une pluie dense et des  petits grêlons qui cinglent les joues et les oreilles. Je quitte la route pour un bosquet d’arbres, protection illusoire, le temps d’enfiler l’équipement « ad hoc ». Une automobile s’engage dans le chemin boueux pour faire demi-tour sous les trombes d’eau et le regard ahuri du gamin à la vitre en dit long sur ce qu’il pense de ma santé mentale. Déjà trempé jusqu’aux os, je tente d’enfiler ma cape de pluie qui claque au vent (surtout ne pas oublier de remettre le sac à dos AVANT) puis me débas avec la fermeture-éclair pour assurer un semblant d’étanchéité.

La perspective de finir la randonnée (soit une quarantaine de kms) sous cette pluie battante ne me réjouit guère et j’envisage de rebrousser chemin jusqu’à Marles-en-Brie  mais après tout je suis là pour marcher. La gare de Verneuil-l’ Étang est à une dizaine de kilomètres, j’aviserai une fois que je m’y serai rendu, d’ ici-là le temps aura pu changer.

La pluie continue de tomber en rideaux serrés, les gouttes inondent mon porte-carte que je tiens fermement au plus fort des bourrasques et n’en facilitent pas la lecture. Je passe le village de Chaumes-en-Brie le nez dans la capuche. L’eau ruisselle continuellement sur ma cape et imbibe mon pantalon en jean qui devient vite une camisole humide et froide.
A Verneuil-l’ Étang, la gare se fait tentatrice, mon cerveau projette des images de salle d’attente chauffée, d’après-midi sous les couvertures, de grogs et de bols de soupe.

Sur la ligne d’ horizon, à l’ ouest, une mince bande de métal doré en fusion. Il semble qu’ il fasse beau là-bas, les rayons du soleil percent la couverture nuageuse me laissant entrevoir une amélioration du temps pour l’après-midi et à voir la course rapide des nuages dans le ciel, celle-ci finira bien par arriver jusqu’à moi.

La pluie a cessé et ne réapparaîtra plus que par averses intermittentes, le vent venant de l’Atlantique est toujours très violent et comme je progresse d’ est en ouest, je vais marcher toute la journée contre lui. Malgré les intempéries et la lourdeur du terrain, je tiens ma moyenne de 5 kms à l’ heure.

Je projette de pousser jusqu’au moulin de Flagy pour y déjeuner à l’ abri mais juste avant le hameau d’ Andrézel un banc installé en lisière de  bois vient à bout de mes résolutions. Les arbres forment comme un paravent, cet endroit est providentiel. J’ai déjà parcouru vingt kilomètres dans de rudes conditions, je peux bien m’ octroyer un répit et déguster mes sandwichs de pain noir au fromage de Brie.(mélange reconstituant, je vous le recommande)

Le soleil fait de courtes apparitions dans des coins de ciel dégagé et je salue chacun de ses rayons qui contribuent à réaliser mon objectif de la journée (en dehors d’atteindre Melun) : être sec. Le vent qui n’ a pas molli séche aussi mes vêtements.

Arriver à Blandy me remonte le moral (plus que douze petits kilomètres). Son château médiéval accroche la belle lumière du soleil déclinant. J’emprunte un pont au-dessus de l’autoroute et de la ligne  TGV qui se serrent l’une contre l’autre comme si elles voulaient s’excuser  de balafrer la ruralité du paysage.

Moi qui pensais traverser le parc du château de Vaux-le-Vicomte par la route de Pouilly, j’en suis pour mes frais. Cette partie du domaine est cernée d’un haut mur infranchissable et je n’ ai d’ autre solution pour rallier Maincy que de longer une route départementale aussi fréquentée qu’ une nationale, détour non prévu qui me rajoutera un bon kilomètre.
Le crépuscule a cédé sa place lorsque j’ atteins les faubourgs de l’agglomération melunoise. Je passe  l’ île St-Etienne  et ses bâtiments du XI ème siècle (parfaitement mis en valeur par l’éclairage nocturne). Sans commerces et plutôt résidentielle, la partie sud de la ville a l’air plus éteinte et inactive. Le logo du Transilien m’apparaît au loin comme un fanal dans la nuit.
Poussant les portes battantes pour entrer dans la gare, la lumière crue des néons m’est aussi douce que peuvent l’ être au voyageur fatigué le rougeoiment de l’ âtre et sa réconfortante chaleur.

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